« Dans ma tête un Brouhaha »

En 2013, j’apprends ma grossesse. Oh joie, je suis ravie et je me projette avec tendresse dans ma vie de maman. Je me réjouis de la venue de cet être tant désiré et je passe une belle grossesse, épanouie. Je me sens invincible, j’ai confiance. Puis, j’accouche. Une belle rencontre, je suis heureuse… Mais… J’ai beaucoup d’angoisses. Irraisonnables, irraisonnées. J’ai peur de la voir mourir, j’ai peur de ne pas savoir la rendre heureuse, j’ai peur du regard des gens. Je veux faire bien, trop bien, toujours mieux. Evidemment, mon métier d’éducatrice ne m’aide pas à baisser mes exigences envers moi-même. Mon entourage ne comprend pas. Je peux entendre des remarques, qui, au lieu de m’aider, m’enfoncent toujours un peu plus. «  Tu devrais te réjouir, regarde le beau bébé que tu as, en bonne santé » « Tu as tout pour être heureuse… », « Tu es éducatrice, tout doit être facile pour toi… ».

J’entame une relation d’aide chez un coach de vie pour m’aider à cerner mes difficultés et me mettre de petits objectifs en place. Quelques mois plus tard, je reprends le travail, ma fille grandi et je vais mieux. De la voir s’épanouir et devenir une belle petite fille me rassure.

Puis, deux ans plus tard, heureux en famille, nous décidons d’agrandir la famille. Toujours beaucoup de joie autour de l’annonce de ma grossesse. Même si j’ai peur de revivre ces moments d’angoisse, je me convaincs que j’ai guérie et que mes problèmes sont désormais résolus. Ce bébé, nous le perdons à 2 mois de grossesse. Là, je vois la vie différemment, je sens une fragilité en moi. Je me sens très vulnérable. Quelques mois passent et nous nous sentons à nouveau prêt à laisser une place à la vie.

Je tombe enceinte très vite. Je suis heureuse. Je me sens bien et aussi ambivalent que cela puisse paraître, je suis heureuse tout en ayant une part de tristesse de la perte de notre deuxième bébé. Durant ma grossesse, je fais le deuil de ce bébé disparu et profite de chaque instant de ma grossesse, avec ses hauts et ses bas. J’accouche avec un immense bonheur, un accouchement épanouissant, tel que je l’avais imaginé. Les premières semaines se déroulent sans encombre, je suis fatiguée mais vais bien et me sens très heureuse. Je me dis que ma DPP n’est plus qu’un vieux souvenir… Sauf qu’à 2 mois de vie de ma deuxième fille, la roue tourne. Je me sens épuisée, incapable de me projeter dans mes journées. Angoissée par le fait d’être seule avec mes deux filles. Je n’ose pas en parler vu la réaction de mes proches lors de ma première DPP. Mais très vite, ma maman et ma sœur lisent en moi. Mon mari fait ce qu’il peut mais rien ne suffit à m’apaiser. Je ne suis pas angoissée comme il y a 2 ans, mais plutôt triste, incroyablement triste. Je me sens mauvaise mère, quoi que je fasse. Je ne sais pas pourquoi. Je me sens pressionnée de toute part. J’entame une psychothérapie et avance gentiment, petit à petit. Enfin je me sens reconnue, entendue, et le diagnostic tombe, DPP suite à un épuisement. J’ai accepté une médication malgré mon allaitement car je n’arrivais plus à réfléchir, plus à avancer. Un voile obscur devant les yeux. Puis, ma petite traverse des problèmes de santé. Je me sens enfouie sous une tonne de gravas mais tiens le coup, pour elle, pour ma grande, pour ma famille. Je m’oublie, je ne suis plus grand chose… Je trouve malgré tout des ressources. Mais l’épuisement laisse des traces. Aujourd’hui, ma fille a 9 mois, je suis toujours en thérapie, médiquée et je sens que la partie n’est pas gagnée. J’essaie de prendre chaque jour comme il vient. La fatigue est mon plus grand ennemi. Et je pense que chaque maman sur cette terre devrait avoir le droit à un congé de maman juste pour dormir et récupérer quand elle est au bout du rouleau. Car cet épuisement maternel, peu reconnu, est pour moi la source de cette descente inattendue. Chaque jour devient un combat contre moi-même, pour être moins exigeante envers moi-même, envers mon entourage qui n’a pas vraiment fait preuve de beaucoup d’empathie.

Je ne m’étais jamais imaginé vivre cela. La vie en rose de maman bonheur n’est qu’une illusion. Difficile à avaler. Je suis parfois en colère que l’on montre une image de la famille telle qu’on ne la rencontre jamais dans la réalité. En colère que l’on ne m’ait pas prévenue. Aujourd’hui, je n’ai pas honte de dire ce que j’ai vécu, ce que je vis car aucune maman traversant cette tempête ne devrait se sentir seule.

J’envoie toute la lumière que j’ai pour toutes les mamans en détresse !

M., Fribourg

Publicités

Témoignage de M-L.

Je suis M-L, j’ai 38 ans, 4 enfants de 17, 14, 2,5 ans et 8 mois.
Je suis mariée avec T depuis 1999, 1 an après notre rencontre.

Lors de ma 1ère grossesse en 1999, j’ai souffert d’angoisse. J’étais jeune, ne m’entendais pas très bien avec ma famille et je construisais la mienne…..Beaucoup de changement pour une toute jeune adulte.

Mon 1er enfant nait le 02.04.1999. Tout se passe bien jusque vers ses 4 mois. Là je commence à souffrir de très fortes angoisses avec de plus en plus de peine à les gérer et surtout je ne savais pas de quoi cela venait. Visite de médecins, gynéco, magnétiseurs, faiseurs de dons et j’en passe…..personne ne m’aide et je m’enfonce !!!!!
J’entends beaucoup de reproches et de remarques sur ma jeunesse, mon manque d’expérience, mon choix que je n’ai qu’à assumer….

En octobre, n’en pouvant plus, je vais chez mon médecin en lui disant que je n’en peux plus et suis à 2 doigts du suicide, eh oui. Là il est d’accord pour m’hospitaliser  en HP.
3 semaines sans mon bébé, puis 2 mois avec.
J’en ressors sans vraiment savoir pourquoi  je suis comme ça et surtout mes angoisses toujours présentes.

J’entame une thérapie avec un psy qui m’aide un peu. En décembre 2001, nait mon 2e enfant. A nouveau vers mars de très fortes angoisses. Le psy stoppe mon allaitement pour pouvoir me donner des médicaments. Là, le verdict arbitraire tombe : « vous ne devez plus avoir d’enfants car vous serez de plus en plus dépressive ». Les deuils d’une grande famille, de l’allaitement, du maternage (pour mon mari aussi)…..doit commencer.

Je vais kahin kaha comme ça dans ma vie pendant 10 ans !

Je change de médecin traitant, j’entame une thérapie de développement personnel, je règle mes problème de couple etc. Et enfin, OUI ENFIN, on me diagnostique une DPP. Je peux enfin avoir une réponse, et aller de l’avant !

Mon mari et moi en sommes sortis plus forts, avons eu 2 autres enfants, pas de DPP, plus d’angoisses.
Je reste vigilante si je suis fatiguée ou surmenée car je sais que je suis fragile, je continue de voir mon médecin tous les 3 mois pour débriefer, je vais si besoin voir une pédopsychiatre et surtout je ne parle de ma vie qu’aux gens dont je sais qu’ils me comprendront ! J’ai des amis sur qui je peux compter mais il m’a fallu du temps pour les trouver !

Bon courage à vous

Témoignage de A.

J’ai été diagnostiquée de dpp trop tard…mon bébé avait 6 mois et j’étais devenue incapable de l’habiller, d’interagir avec lui de façon détendue et joyeuse ! Mais j’en suis sortie plus forte de cette horrible expérience et c’est ce qui compte !

Ma grossesse s’est super bien déroulée puis accouchement difficile qui a peut-être déclenché la dpp… pas évident de ne pas se sentir épanouie avec un bébé que l’on a tant désiré ! Pour l’entourage ce n’est vraiment pas facile de comprendre, même nous on n’accepte pas d’aller mal. Alors voilà on se force et on se dit que la fatigue va passer, que ça ira forcément mieux avec le temps…puis on commence à s’angoisser pour un rien, à vouloir tout programmer et tout contrôler, à agir comme un robot avec son bébé parce qu’il faut le changer, le nourrir…on ne ressent plus aucun plaisir à se retrouver avec son bébé, et ça c’est le plus terrible car on culpabilise à mort !

Mon mari cherchait à me rassurer mais le manque de confiance en moi était devenu si fort. Les mots de l’entourage sont parfois très blessants, on te dit « faut te secouer » comme si ça dépendais de notre volonté…. comme si vu que le bébé va bien on se devait aussi d’aller bien ! On en veut à notre bébé de passer toujours en premier, de prendre toute la place dans notre vie et on n’arrive plus à rien gérer toute seule, surtout le quotidien. Je me souvient que je me réveillais en pleine nuit alors que mon bébé lui dormait et je pensais : mon dieu, que vais-je faire demain ? Comment je vais affronter une autre journée que les deux ? Puis je n’arrivais plus à me rendormir pendant des heures…ça continuait de trotter dans ma tête !

Pour s’en sortir il faut apprendre à ne pas se juger pour ce que l’on ressent, car le pire c’est la culpabilité et notre déception vis-à- vis de la maternité et de nous-mêmes. Se faire aider par des professionnels c’est essentiel, et dans les moments de détresse profonde il ne faut pas hésiter à recourir aux médicaments, ils nous aident à ne plus broyer du noir à longueur de journée et à accepter nos émotions. Après il faut travailler pendant des mois avec le thérapeute pour faire sortir cette tristesse et comprendre d’où vient toute cette colère vis-à- vis de soi et de notre bébé. C’est important de témoigner pour briser ce tabou de « mauvaises mères », je ne suis juste pas une mère parfaite mais je suis une survivante et fière de l’être ! J’ai appris à m’aimer et à m’accepter et à aimer ma fille ! Je suis épanouie maintenant avec elle mais aussi sans elle, il y a bien sur les hauts et les bas du quotidien qui font que la vie est pleine de surprise. Il ne faut pas se mettre la pression de tout réussir du premier coup, car être maman bein c’est pas facile tous les jours !